Tatiana Tibuleac – L’été où maman a eu les yeux verts
« L’été où maman a eu les yeux verts » impose à la saisonnalité de l’été, à sa brillance, un cadre carré pour l’emprisonner dans une cage, la cage des plus beaux souvenirs qu’on peut se faire avec une maman même si l’avenir glouton ingurgite avec chaque jour notre passage physique.
L’autrice utilise l’archétype de la bonne maman en le mettant à l’inverse, en le renversant pour libérer tout ce qui est rajouté, étrange, collé sur l’image de la Maman suprême dans une sorte de vengeance terrestre. La maman qui mène ses luttes intérieures tout en se soumettant à la vie sans poser question, sans y réfléchir dans la cavalcade émotionnelle qu’elle ne sait pas guérir seule, mais sous la lentille bienveillante de son fils. Le pouvoir de la mère se relève pourtant par sa souffrance personnelle qui envahit l’universel. Les tableaux que son fils Aleksy peindra sont les réminiscences de la vie vue par la lentille de sa maman, qui avec l’aide du fils mène une vie de deuxième main dans la campagne française, dans laquelle elle se submerge entièrement.
L’eau de la salle de bain, symbole du baptême et du déluge, suppressive et libératrice rend dans le cœur d’Aleksy un être immaculé, sa maman, à nouveau née, maman régénérée dans ses conceptions et frustrations. Lyrique, métaphorique, sublimée, l’écriture de Tatiana Tibuleac impressionne par le fait d’avoir traité des sujets triviaux, à la fois pénibles, morbides ou tragiques avec une humanité tellement touchante, qui ressuscite d’entre les morts la vie d’Aleksy en suivant le déclin de vie de sa maman. La pureté née de la misère familiale, des actes décevantes du père, des situations de la vie de tous, émerge en opposant la tristesse, la fragilisation de l’être face aux menaces que lui-même alimente. Une variation sur le mythe de Pygmalion.
Le livre n’est pas pour le lecteur superficiel qui traite les mots comme cruels, mais pour le lecteur qui s’assume une pénitence livresque tout en comprenant la démarche universelle que Tatiana portraite, celle de rester humain et croyant en sa cause. Tous les deux héros, Aleksy parcourt le chemin de l’enfer à la beauté, tant que sa maman s’émergea à une métamorphose. Devenir pour son fils la plus belle maman est en soi une métamorphose. Le vocabulaire d’Aleksy, ses habitudes et besoins, son discours chaotique et effrayant à la fois subissent un changement. Les identités européennes tissées tiennent bien cet échafaudage linguistique et au-delà des connexions ombrées avec un extérieur qui se perd dans des vagues expressionnistes, le nouvel homme, naît du jeune Aleksy s’incarne plus profondément sur le toile de sa vie. Le plus sa maman se meurt, le plus vif il devient dans sa propre essence.
Un contre-chemin expiatoire entre la vie et la mort, entre la sagesse à obtenir et l’ignorance à fuir. L’identité est bien évidement lié à la nourriture, tous les mots culinaires appartiennent à la langue mère, ils soutient la macrobiote de l’être d’Aleksy. Chercher son chemin à travers les défis de la vie, le motif central brodé autours des vies anodines, pleines des ressentiments et une certaine acidité sociale.
Moi et l’autre, miroirs de la vie, ressentant des poings et ne sachant comment y faire face. Le stylo de la mère-autrice Tatiana Tibuleac a surement pleuré, appart d’avoir tranché les choses très clairement. Ce qu’on attend et ce qu’on vit c’est la plupart des fois un couple cvasi-imaginaire des idée. Grand corps malade c’est se rendre loin de l’essence, l’humanité rejetant la maternité universelle avec ses défauts, la tombée d’un paradis perdu dés le début pour aller à la recherche d’une Ithaque dans les champs françaises. L’âme à la recherche de son corps. Le fils à la recherche de l’image de la bonne maman, cachée derrière les péchés, les stéréotypes et les traditions mondaines sur la vie et la mort.
Le monologue d’Aleksy n’est rien que la recherche identitaire dans un monde si cruel et si naturel en même temps. La question de dépasser sa condition et s’adapter s’allonge comme un chemin pour les deux personnages d’une été quand la vérité a ressuscité ce qu’on aime le plus.

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