Le poids d’un oiseau en vol de Dana Grigorcea

A Brancusi, un dieu de la culture moderne, nous pouvons lui trouver, dans le portrait romanesque de Dana Grigorcea, un prétexte à l’humanisation. Lui, le Prince Paysan, le sculpteur qui note dans son agenda céleste, il voit la forme dans toute matière. Pour lui, la Terre a été créée par Dieu pour servir de matière première à la récréation et à la réinterprétation sous forme d’expériences d’atelier ou tout simplement à conquérir le savoir suprême.
Constantin Avis est avant tout un rara avis de la culture universelle, certainement un oiseau rare, exceptionnel de la culture roumaine car sa fuite du pays du dor et de la douleur l’a propulsé dans les hauteurs d’un ciel parisien – sous le ciel de Paris -, mais aussi parmi les gratte-ciel de New York. L’auteure utilise le modèle des miroirs qui se reflètent l’un dans l’autre pour construire les personnages de Constantin et de Dora. Situés à des époques différentes, ils sculptent une histoire personnelle dans ce qui devient effectivement l’œuvre personnelle de chacun. Inutile de préciser que Dora, avatar de l’auteure elle-même, se réfère à un mythe de Pygmalion intériorisé et alimenté par sa propre combustion créatrice. Comme si Constantin se sculptait sur les toits sinueux du monde, dont le Centre Pompidou, Dora fait de même sur la côte ligure, à la recherche de la mémoire immortelle.
Le lancement du roman Le poids d’un oiseau en vol de Dana Grigorcea aura lieu à Paris, le 18 juin 2025 à 18h00, à L’hôtel de Béhague, à l’Ambassade de Roumanie en France, en présence de S.E. l’Ambassadeur Ioana Bivolaru et de l’écrivaine Cristina Hermeziu, initiatrice du club de lecture Cosmose. Une vidéo unique montre Brancusi en compagnie d’Enescu et de nombreuses personnalités de l’époque sur les marches de l’impressionnant bâtiment qui abrite aujourd’hui l’Ambassade de Roumanie en France. Le temps se mêle à nouveau au passage enchanteur des histoires sur les marches de l’existence, comme un oiseau en vol : c’est ce que fait Dora sur la côte ligure, à la recherche d’une forme artistique absolue.
Avec une impressionnante carrière en lettres, Dana Grigorcea Mounioudis, écrivaine bilingue d’origine roumaine et d’expression littéraire germanophone, dont le parcours académique comprend à part la littérature, le journalisme, le cinéma, la radio, la télévision, ainsi qu’un certain nombre de prix littéraires autrichiens et suisses, a étudié le cinéma à Bruxelles et à Krems et peut être qualifiée d’écrivaine européene.
„Et l’entourage de Milner, ces artistes, ces industriels, l’art des uns et le bazar des autres? Il renonça à rappeler Milner et se mit en route. Plus tard il noterait dans son journal: Quelque chose me poussait dehors et me poussait ensuite à revenir, je m’en remis aux aléas du chemin, à la main de Dieu, dénué de triviale impatience.” Le poids d’un oiseau en vol
Qui peut juger ? Le processus se situe entre l’art et la convention. Sommes-nous censés remettre en question l’art d’une manière qui ne permet même pas l’expression artistique ? Le roman interroge l’objet artistique tel qu’il est vu derrière la perception banale de ce qui nous entoure et qui est communément admis et accepté comme la réalité. Aussi, la rhétorique porte sur les significations auxiliaires collées à l’objet d’art, qu’il s’agisse d’une représentation physique ou d’un opéra écrit sujet à de nombreuses interprétations. Certes, il y a place pour une certaine ambiguïté de sens, mais celle-ci est principalement admise afin d’élargir l’observation commune et de l’étendre dans l’espace, comme un oiseau qui tend vers l’absolu.
Epilogue : Nous avons vu tous les deux, moi et l’auteure Dana Grigorcea, l’exposition Brancusi au Centre Pompidou de Paris en juin 2024, à distance de quelques jours. Peut-être on a admiré les photos l’une de l’autre, moi sûrement les siennes. Une propension vers le vol d’un point de vue plutôt spirituel. Entre-temps, en quelques mois, l’auteure a sorti son livre en allemand en original et aussi la traduction en français chez Éditions les Argonautes, son deuxième roman traduit par la maison d’édition de Katharina Loix van Hoff. Du précédent, le roman Ceux qui ne meurent jamais (Les Argonautes, 2023) de Dana Grigorcea, Katharina m’avait parlé une peu avant sa sortie, à Bruxelles.

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